LES CLES DU DECOLLAGE NUMERIQUE DU KENYA : PARTIE II

La politique Gouvernementale en matière de ICT

Le cadre Législatif

Les technologies de l’information et de la communication relèvent de plusieurs textes législatifs, dont le « Kenya Communications Act (KCA) » de 1998 qui a été amendé en 2013 sous la nouvelle formulation de « Kenya Information and Communications Act » . Nous avons également le « Science and Technology Act » de 1977, le » Broadcasting Corporation (KBC) Act » de 1988.

Tous les aspects réglementaires et de régulation sont sous l’égide de l’autorité de communication du Kenya (CAK).

Le marché des télécommunications a été libéralisé en 1999 avec la scission de l’ancien entreprise publique « Kenya Post and Telecommunications Corporation » en plusieurs entités dont « « Telekom kenya , la Poste, l’autorité de communication,.

Cette libéralisation a été un catalyseur du développement des Télécoms au Kenya

Kenya Vision 2030

Le président actuel du Kenya, Uhuru Kenyatta a qualifiée le Kenya de « Startup nation », invitant ainsi l’ensemble des institutions publiques, les partenaires privées, le monde universitaire à favoriser cet élan.

L’ICT est vue comme un élément essentiel pour améliorer la vie des citoyens kenyans.

Il s’agit par exemple pour toutes les institutions publiques de donner la priorité aux solutions ICT développées en locale au lieu de dépenser des millions de dollars à importer des solutions équivalentes.

L’entreprenariat est vivement encouragé, des politiques publiques sont mises en place pour le favoriser. Les pouvoirs publics et les partenaires privés sont invités à supporter cette politique.

L’Etat favorise les créations d’incubateurs et accélérateurs de startups. Elle finance certains de ces incubateurs Elle a mis en place des règles de marché public en vue de favoriser les entrepreneurs locaux.

Kenya Vision 2030 est un plan de développement adopté par le Kenya, le 10 juin 2008. Il couvre la période 2008 à 2030 à travers 5 plans quinquennaux.

L’innovation, la technologie et la science font parties des 10 secteurs qui sont visés par ce plan de développement.

Dans le cadre du programme Presidential Digital Talent Program (PDTP), le gouvernement est en train de recruter 400 talents pour renforcer la capacité en matière de ICT de l’Etat Kenyan sous la responsabilité du ministère Kenyan pour les technologies et de la Communication

Le Ministère Kenya pour les technologies de l’Information et de la Communication

Le Ministère de l’information, des communications et de la technologie (TIC) est en charge de la formulation, l’administration, la gestion et le développement de l’information, la politique de radiodiffusion et de la communication.

Il a en charge la politique de communication gouvernementale, les services de radiodiffusions, la télévision, la poste, les technologies de l’informatique et l’innovation.

Le ministère Kenyan de l’ICT a un budget de 101 millions d’euros pour l’année budgétaire en cours.

Un plan directeur pour le développement de l’ICT a été établi en 2014 pour la période allant de 2014 à 2018. Ce plan est aligné sur le plan de développement Kenya Vision 2030.

Les objectifs pour ce plan sont les suivants :

  • 8% de contribution des secteurs de l’ICT au PIB
  • 180 000 créations d’emplois directs
  • La reconnaissance du Kenya comme un hub régional ICT
  • Le renforcement des services e-gouv, avec 50% de Kenyans adultes accédant aux services et donc un meilleur rang dans le classement des pays utilisant des services e-gouv
  • L’implémentation d’au moins 55 compagnies ICT dont deux ayant au moins une base clientèle de 2 millions

Les acteurs de la mise en œuvre de cette politique

L’Autorité de Communication du Kenya : CAK

C’est l’Autorité de régulation du secteur des communications au Kenya. Il a été établi en 1999 à la suite du Kenya Communications Act (KCA) de 1998.

Il a la responsabilité de la radio et télé diffusion, le multimédia, la poste, le commerce électronique, et les télécommunications

Comme tout régulateur ses attributions sont entre autres :

  • L’octroi des licences
  • La gestion des spectres de fréquence
  • La gestion de la numérotation
  • La protection des droits des consommateurs
  • La réglementation des tarifs
  • La surveillance des activités des titulaires de licence
  • La gestion de la concurrence saine entre les différents acteurs

Cette Autorité a à sa tête un conseil d’administration qui surveille l’ensemble de ses activités. Ce conseil d’administration est composé de 12 membres, des professionnels de l’ICT, des représentants des gouvernements, des investisseurs du domaine des Télécommunication

Les membres du conseil d’administration sont désignés pour une période de 3 ans ainsi que le Directeur Général de cette Autorité.

Il est intéressant de relever la charte de service établi par cette Autorité et disponible sur son site web qui permet de nous donner quelques indicateurs sur la qualité de service. Quelques exemples :

  • 135 jours pour obtenir une nouvelle licence dans les télécommunications
  • 60 jours pour obtenir une nouvelle licence dans la radio et télé diffusion
  • 18 jours pour assigner une nouvelle fréquence
  • 60 jours pour le renouvellement d’une fréquence
  • 40 jours pour résoudre un différend entre deux concurrents
  • 40 jours pour approuver de nouveaux tarifs si ceux-ci sont règlementés
  • 30 jours pour traiter une plainte d’un consommateur

L’Autorité gouvernementale des technologies de l’information et de la communication : ICTA

C’est une agence qui est sous la tutelle du Ministère Kenyan des technologies de l’information et de la communication.

C’est le résultat d’une consolidation de 03 agences gouvernementales, effectuée en Août 2013 :

  • L’Information and Communication Technology Board of Kenya (ICT Board)
  • L’e-Government Directorate
  • Le Government Information and Technology Services (GITS)

Pour le compte du gouvernement Kenyan, elle a la charge de définir, et implémenter la stratégie gouvernementale dans le domaine de l’ICT. Elle définit les normes et standards qui sont appliqués à l’ensemble des administrations, ceci afin d’éviter les incohérences entre les administrations qui avant la mise en place de cette Autorité définissaient chacune leurs standards.

Cette autorité pour le compte du gouvernement gère l’ensemble des ressources humaines en matière de ICT et également les services partagés tel que :

  • Le système de communication unifié gouvernemental (email, fax, video, ) qui aujourd’hui qui héberge 15 000 adresse emails de diverses administrations : la police, la santé, l’éducation nationale, les finances, …Le but à terme est de pouvoir héberger 50 000 fonctionnaires.
  • Le Datacenter gouvernemental qui héberge l’ensemble des services partagés et également le backbonne réseau qui relie l’ensemble des ministères et les principales agences gouvernementales à ce Datacenter.

Elle est le leader de la transformation et de l’innovation pour le compte du gouvernement. Elle finance pour le compte du gouvernement de nombreuses startups. Elle ne le fait pas directement, elle le fait à travers des initiatives privées d’incubateurs et d’accélérateurs de startups.

C’est l’interlocuteur pour tout ce qui est cybersécurité pour le compte du gouvernement.

Elle est le principal promoteur des services e-gouv. Elle supervise la mise en place des solutions ICT dans les administrations et la mise en place du backbonne nationale fibre optique : NOFBI que nous présenterons dans la suite du post.

Elle joue aussi un rôle de vulgarisation avec la formation du personnel de l’Etat aux nouvelles technologies.

C’est l’interlocuteur des bailleurs de fond comme la banque mondiale ou l’UNESCO pour les projets dans le domaine de l’ICT. L’autorité a par exemple exécuté le projet «Wezesha Laptop  », qui a consisté à distribuer près de 15 000 laptops financés par la banque mondiale aux étudiants des universités publiques et privées kenyanes.

Pour le compte du monde universitaire c’est aussi le promoteur de réseau KENET (Kenya Education Network), qui a pour but de mettre en place une passerelle pour le monde universitaire vers les ressources scientifiques, des systèmes de e-learning, des solutions de vidéoconférences

Les Universités et la formation aux ICT

Nous avons 31 universités et instituts d’enseignements supérieurs publics et 36 universités et instituts supérieurs privées, reconnus par la Commission nationale Kenyane pour les Universités. C’est l”entité qui accrédite les universités.

Chaque année il y a plus de 200 000 jeunes kenyans qui s’inscrivent à l’université, 50 000 qui en sortent diplômés, donc environ 9 600 dans les formations relatives aux ICT.

La majorité de ces Universités proposent des cursus de formation en ICT. Les plus réputées sont :

  • Jomo Kenyatta University of Agriculture and Technology (JKUAT)
  • Strathmore University
  • KCA University
  • University of Nairobi
  • Maseno University
  • Kenyatta University
  • Egerton University
  • Moi University

La présence des Géants du HiTech

Nairobi est devenu le hub pour l’Afrique de l’Est ou voir même pour l’Afrique de certaines multinationales de l’ICT : Google, Visa, Cisco, Huawei, Asus, LG Nokia, Motorola, Sony, Kaspersky Lab, Blackberry

Une association des fournisseurs de services INTERNET très active

Les fournisseurs d’accès aux services Internet et technologiques ont créé une association TESPOK pour « Technology Service Providers of Kenya »

C’est une association à but non lucratif créée dès 1999. Cette association a pour but d’être leur voix, et d’influencer les différentes politiques de développement numérique, les différentes régulations. Ils défendent les intérêts des fournisseurs de service.

Cette association a une voix qui porte et fait du lobbying tout azimut. Quelques réalisations de cette association :

  • La dérégulation des services VSAT et VoIP
  • La mise en place d’un point exchange Internet KIXP
  • La contribution active dans la définition des différentes stratégies ou politiques gouvernementales en matière d’ICT

Des accélérateurs et incubateurs de Startups

Il existe de nombreux incubateurs de startup au Kenya qui favorisent leur développement, en les aidant à survivre et à se développer. Ils fournissent un éventail de ressources tels que les espaces de bureau, le capital, le coaching, les moyens de communications.

Sans contrepartie, ils accompagnent des jeunes entreprises ou des entreprises en création à se développer en leur offrant des ressources et des services qui permettent à ceux-ci d’affiner leurs idées ou à développer un modèle commercial de ces idées.

Dans le cas de l’accélérateur Nailab, l’accompagnement dure 6 mois repartis en deux phases :

  • Une première phase de 03 mois qui consiste à développer le modèle commercial
  • Une seconde phase de 03 mois qui consiste à s’appuyer sur un relai déjà en place sur le marché et à tester le produit sur le marché.

Voyons plus en détail le fonctionnement de l’un des incubateurs iHUB.

iHub

Il a été fondé en Juin 2010 par Erik Hersman, un blogueur et commentateur qui s’est spécialisé dans l’impact et l’application de la technologie à travers l’Afrique.

C’est un Hub pour l’innovation qui propose des locaux et un espace virtuel de collaboration, qui permet de connecter sans aucune barrière, les investisseurs, les startups, les inventeurs. Tout l’écosystème permettant un développement de startup est présent sur ce hub.

Ce Hub organise de nombreux évènements pour dynamiser le secteur du numérique, des concours de meilleurs startups, des concours de développeurs, d’innovation, etc..

Il existe trois types de membres pour cette communauté :

White membership :

Pour ceux qui ne peuvent pas être physiquement présent sur le HUB et qui souhaitent faire partie du Hub virtuellement. Ils ont un accès gratuit une fois par semaine dans les locaux du Hub pour les résidents de Nairobi et toute la semaine pour les non-résidents, au-delà, il faut s’acquitter d’un montant. Ce statut de membre est gratuit

Green Membership :

Ce statut est destiné à ceux qui souhaitent utiliser le Hub comme bureau permanent pour développer leurs projets. De nombreux services (Serveurs, bureaux, communications, publicités), leurs sont proposés dans leur accompagnement.

Ce statut n’est jamais définitif, il est valable 6 mois et à la fin des 6 mois on revient au statut de white membership et il faut à nouveau candidater. L’octroi de statut est aussi en fonction du nombre de places disponible sur le hub (80 places)

Red membership

Ce statut est destiné à ceux qui ont déjà un produit viable déjà sur le marché et qui est prêt à croître. Ceux-ci sont déjà à la recherche de s’établir de manière permanente dans d’autres leurs propres locaux et de faire grandir leurs équipes. Il y a 15 places disponibles. Ceux qui sont Green ou White peuvent candidater au statut de red suivant les disponibilités. Des avantages additionnels pour ce statut comme un secrèterait, de l’hébergement de serveurs propres

D’autres incubateurs

M :lab East Africa qui est un consortium de 4 organisations l’Université de Naïrobi, iHub, WWW Foundation et eMobilis. Cet incubateur s’est spécialisé dans les solutions innovantes et à forte valeur ajoutée dans le mobile.

Le Chandaria Incubation and Innovation Center, Kenya Industrial Research and Development Institute (KIRDI), EPZ Business Incubator, Seven Seas Technologies Innovation Labs and Biz Africa.

Des centaines de startup

Il existe de centaines de startups, de dizaines naissent chaque mois. Beaucoup de startups proposent des solutions proches des réalités quotidiennes des Kenya notamment dans le domaine de l’agriculture.

Exemple de M_Farm qui est une application SMS mobile qui permet de connecter les fermiers avec les acheteurs. Ces fermiers ont accès en temps réel au cours du bétail ou des produits agricoles et peuvent donc négocier en toute sérénité le prix de leur produit

D’autres startups dans le domaine de l’agriculture, iCow, SokoText,

Ma3Route pour le transport urbain dans Nairobi, Purpink Gifts pour l’achat et l’envoi des cadeaux en ligne, Eat Out Keny pour la réservation en ligne des restaurants.

Il existe un site Internet qui répertorie les startups http://startupkenya.org/map/


 

Source :

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One thought on “LES CLES DU DECOLLAGE NUMERIQUE DU KENYA : PARTIE II

  1. Réponses à mes questions.
    Une politique législative dense et dynamique, une politique publique volontaire et ambitieuse, une libéralisation réussi, une bonne implication des Universités et des partenaires privés…
    Quand on regarde le Cameroun on a l’impression que le Kenya n’est pas en Afrique… Pourtant il y est.

    Liked by 1 person

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